
DEVENIR HÔTE est tentant. Mais, si les conditions à remplir sont peu contraignantes, l'accueil du public chez soi n'est pas une activité à prendre à la légère.
Comment ouvrir sa chambre
Une chambre libérée par les enfants devenus grands, l'envie d'arrondir ses fins de mois... il n'en faut pas plus à certains pour apposer une affichette "chambre d'hôtes" à l'entrée de leur propriété. Sans aucune formalité. Du coup, "on en voit fleurir un peu partout, explique Patricia Pansier, directrice départementale des Gîtes de France. On trouve tout et n'importe quoi". Seule obligation légale, le respect de la réglementation générale : une eau potable, une assurance et la publicité des tarifs appliqués. Ce n'est que lorsque la location des chambres est l'activité principale des habitants de la maison (plus de la moitié des revenus), ou lorsque le nombre de chambres louées est supérieur à cinq, qu'une immatriculation et une inscription au registre du commerce s'imposent. En général, les premières contraintes n'apparaissent donc que lorsqu'on sollicite un label ou un référencement auprès de l'Office du tourisme ou du Comité départemental du tourisme. Charte à respecter, inspection, grille d'évaluation... Odile Nizet-Naegely, hôtesse aux Acanthes à Saint-Barnabe (12e), se souvient avec amusement de la visite du Comité départemental du tourisme : "la technicienne a même vérfié s'il y avait bien une protection sur le matelas !". Conseillée par des amis ayant eux-mêmes tenté l'aventure, aidée par son fils pour la création d'un site Internet, elle avance à tâtons, ne sachant pas très bien comment se faire connaître. Un problème que Jean Paranque a résolu, comme plus de 80 propriétaires des Bouches-du-Rhône dont 8 à Marseille, par l'adhésion (250 euros en moyenne par an) à l'association Fleurs de soleil. Il a misé sur cet organisme, le seul à attribuer un label à des chambres situées à la campagne comme en ville, quand il a transformé en chambre d'hôtes sa Villa Monticelli à Saint-Giniez (8e). A la clé, la parution dans le catalogue Fleurs de soleil et la diffusion de l'adresse sur le site Internet. Malgré tout, Jean Paranque préfère mettre en avant "la garantie que représente l'engagement à respecter la charte de qualité", axée sur le confort et l'accueil. D'autant que l'attribution du label n'est accordée qu'après la visite d'un responsable, pour un an.
PLUS QU'UN PETIT BOULOT
Mêmes exigences pour Gîtes de France, qui ne labellise que les chambres d'hôtes en milieu rural, avec des dérogations notamment pour Aix-en-Provence, Aubagne et Cassis. Dans les Bouches-du-Rhône, 98 propriétaires représentant une offre de 258 chambres sont estampillés. "La demande d'attribution de label ne faiblit pas, surtout pour les chambres d'hôtes, les gîtes ruraux ayant atteint un seuil de saturation, analyse Patricia Pansier, mais 30 à 40 % des candidats ne remplissent pas les critères". Environnement, équipements, accueil, services proposés, chambres et sanitaires... tout est noté. Reste ensuite à verser une cotisation "associative" de 60 euros et une cotisation "promotionnelle" d'environ 170 euros. Le prix à payer pour bénéficier de conseils techniques, d'informations sur la réglementation, et surtout de la notoriété du label.
Évidemment, ce n'est pas parce qu'une maison n'est pas labellisée qu'elle n'offre pas forcément un accueil de qualité. Mais être hôte ne s'improvise pas. Linge, ménage, service... "C'est un travail énorme, reconnaît Odile Nizet-Naegely, il m'est arrivé de laver douze paires de draps en quatre jours!" Sans compter qu'il faut faire preuve d'amabilité et de disponibilité. "C'est très prenant, avoue Jean Paranque. Entre accueil, petit déjeuner et conseils touristiques, mes matinées sont bien remplies". Un investissement personnel souvent sous-estime. "Certains ne mesurent pas que c 'est un travail à part entière, qui demande beaucoup, constate Patricia Pansier II ne faut pas se comporter comme des amateurs, sans pour autant être des professionnels". Tout le paradoxe de l'activité.
